Montagne Noire – S’y frotter – Durfort, Malamort et Lo Camin des martinets – Also in English

J’étais parti pour un gros truc autour et dans la Montagne Noire, sur deux jours (ambitieux, je voulais boucler ça sur deux jours, possible, quand je m’y refrotterai je ferai peut-être une demi-étape en mise en bouche) … Jambes un peu raides (sans doute suite aux deux jours précédents passés dans la voiture sur un long voyage) mais plutôt efficaces dès la première montée et ensuite, je suis peut-être parti un petit peu tard mais les conditions météos avaient changé, pluie ce matin à la maison, j’avais consulté les différentes prévisions et je suis tout de même parti en voiture rejoindre Sorèze, point de départ du truc …

Ciel très couvert au départ, brume, légère bruine, pas gênant. Vent soutenu, jambes un peu raides mais la tête n’y était pas. Psychologiquement s’entend, ma tête est bien sur mes épaules mais elle n’était pas motivée à se lancer dans ce voyage de deux jours, quelques contrariétés estivales à chasser, le vélo est un bon remède à ça mais l’envie n’y était finalement pas.

Je n’ai pas de programme précis de performances à suivre, je roule d’abord à l’envie et au plaisir, je sais taper dans le dur mais là je me suis dit que je ne pourrai pas faire ça en deux jours, changement de programme donc, sans aucun regret ; la pluie, solidaire, s’est montrée plus présente juste au moment où je me suis dit que j’allais faire autre chose. Si elle devait persister, cela aurait été dommage de faire ça dans ces conditions même si la brume, la pluie, accentuent la dimension fantasmagorique de ce beau massif.
Plus de trace définie, je vais me balader entre Arfons et Les Cammazes pour descendre ensuite sur Durfort, au « feeling » …
J’ai bien fait : j’ai trouvé une jolie pépite en sous-bois, petit single type sente de chasseurs qu’il m’a semblé reconnaître y étant passé il y a bien longtemps, il était toujours là.

Je connais Durfort, village du cuivre mais j’ai eu plaisir à le redécouvrir grâce au site de Malamort et au Camin des Martinets et aux nombreux panneaux informatifs installés le long de la route qui m’ont permis de vous raconter ce qui suit.
En 1893 la commune de Durfort cède un terrain à la ville de Sorèze et autorise des travaux en dessous du gouffre de Malamort, dans la vallée du Sor, travaux destinés à l’installation d’une force hydromotrice pour « l’éclairage à l’électricité ».
Une conduite forcée et installée sous les Cammazes. Une usine est installée à Malamort :
« Dans la plaine et les monts tu lances ta clarté,
Sur les Cammazes froids, Durfort, Revel l’heureuse,
Cahuzac, St-Amancet, foyers de liberté
Et sur Sorèze enfin, cité délicieuse »
Félix Hélio, poète et illustrateur des cartes postales de l’époque.
Des employés sont logés au-dessus de l’usine. Une nouvelle usine est installée en 1921. Elle est toujours en activité.
Une via ferrata a été installée dans la vallée en amont de Malamort, elle est bien fréquentée.

Cette vallée du Durfort le long du Sor a compté un grand nombre de manufactures dont les plus anciennes remontent au Moyen-Àge. Sur environ 3,5 km, il y a en a eu 38, réparties sur 23 sites, certaines ayant eu deux fonctions. Malheureusement peu de vestiges sont visibles et en état.
Le débit très régulier du Sor (malgré ses crues dévastatrices tous les 30 à 50 ans) et sa forte pente sont à l’origine de l’installation de ces moulins hydrauliques dès le bas Moyen-Àge. Le cours du Sor a été profondément modifié avec l’aménagement de chaussées (paissières en occitan) et biefs (bézats en occitan).
Les moulins ont plusieurs utilisations. Les premières mentions datent de 1255. Certains sont, dès 1280, à la fois moulins bladiers (à grains) et moulins folons (ou drapiers). L’industrie drapière est alors florissant en Lauragais. Cette industrie va décliner au XVe siècle en raison de la guerre de Cent ans et de la concurrence des draps de Flandre.
Les moulins à battre le métal (moulins martinets) vont remplacer progressivement les moulins foulons. Le travail du métal va devenir dominant. Les martinets vont se spécialiser dans le cuivre à partir du XVIIe siècle. Cette industrie fait la renommée de Durfort avec essentiellement l’ébauche de chaudron (ou coupes noires), finis ensuite dans les multiples ateliers de chaudronnerie du village.
La crue destructrice du Sor en 1910 puis la Première Guerre mondiale amorcent une diminution de l’activité. La main d’œuvre manque (et il faut 3 ans pour former un chaudronnier et 10 ans pour un martineur), un appel à main d’œuvre italienne est fait en 1937, interrompu par la Seconde Guerre mondiale. En 1943, restent 4 martinets à cuivre et une seule minoterie. Le dernier martinet a fermé ses portes en 1993 à la prise de retraite de Giordano Ferrari, dernier maître martineur d’Europe.

J’apprécie particulièrement en Montagne Noire ces passages de sites très sauvages et très naturels (même si l’activité forestière est y importante) à des sites historiques pittoresques, fréquentés ou plus discrets. Notre patrimoine est aussi naturel et doit être protégé et mis en valeur. Et j’apprécie particulièrement, dans les sites historiques, les architectures civiles et leur histoire, comme ici.

Toujours ces coupes rases sur lesquelles j’ai déjà écrit. L’activité forestière est une nécessité mais il y a tout de même d’autres façons d’exploiter les forêts et de bien les gérer. Leur généralisation pose des réels enjeux environnementaux : destruction de la biodiversité, dégradation des sols (érosion), souvent suivies d’une replantation uniforme (une seule essence) qui sera lente et appauvrie, perturbation du cycle de l’eau (ruissellements accrus, moins d’évapotranspiration, libération du carbone stocke dans la biomasse et baisse de la captation du CO2 et donc impact sur le climat), tout cela pour une récolte certes efficace et mécanisée.

Montagne Noire – Giving it a go – Durfort, Malamort and Lo Camin des martinets – Also in French

I’d set out on a big trek around and through the Montagne Noire, over two days (ambitious – I wanted to complete it in two days; it’s possible, but when I give it another go, I might do a half-stage as a warm-up) … My legs were a bit stiff (no doubt from the previous two days spent in the car on a long journey) but felt pretty good right from the first climb. I may have set off a little late, but the weather had changed – it had been raining at home that morning. I’d checked the various forecasts and set off by car anyway to Sorèze, the starting point for the trip…

Very overcast skies at the start, mist, a light drizzle – nothing too bothersome. A strong wind, my legs a bit stiff, but my head wasn’t in it. Mentally, that is – my head’s still on my shoulders, of course, but I wasn’t motivated to set off on this two-day trip; I had a few summer annoyances to shake off, and cycling’s a good remedy for that, but in the end I just didn’t feel like it.

I don’t have a specific training programme to follow; I cycle primarily for the sheer joy of it. I know how to push myself hard, but this time I realised I wouldn’t be able to manage it in two days, so I changed my plans – with no regrets whatsoever; the rain, as if in solidarity, started to fall harder just as I decided to do something else. If it’d carried on, it would have been a shame to ride in those conditions, even though the mist and rain heighten the otherworldly atmosphere of this beautiful mountain range.
With no set route, I’m going to have a wander between Arfons and Les Cammazes before heading down to Durfort, just going with the flow…
I’m glad I did: I found a lovely little gem in the woodland, a narrow single track like a hunters’ path that I thought I recognised from having passed this way a long time ago – it was still there.
I’m familiar with Durfort, the copper-mining village, but I’ve enjoyed rediscovering it thanks to the Malamort site, the Camin des Martinets and the many information boards along the road, which have enabled me to share the following with you.
In 1893, the municipality of Durfort ceded a plot of land to the town of Sorèze and authorised works beneath the Malamort chasm, in the Sor valley, intended for the installation of a hydroelectric power station to provide ‘electric lighting’.
A penstock was installed beneath Les Cammazes. A power station was built at Malamort:
‘Over the plains and hills you cast your light,
Upon the chilly Cammazes, Durfort, blissful Revel,
Cahuzac, St-Amancet, bastions of freedom,
And finally upon Sorèze, that delightful town’
Félix Hélio, poet and illustrator of postcards of the time.
Employees were housed above the factory. A new factory was built in 1921. It is still in operation today.
A via ferrata has been installed in the valley upstream from Malamort; it is very popular.

This Durfort valley along the River Sor was once home to a large number of mills, the oldest of which date back to the Middle Ages. Over a stretch of approximately 3.5 km, there were 38 of them, spread across 23 sites, some of which served dual purposes. Unfortunately, few remains are visible or in good condition.
The Sor’s very steady flow (despite its devastating floods every 30 to 50 years) and its steep gradient led to the establishment of these water mills as early as the late Middle Ages. The course of the Sor has been profoundly altered by the construction of channels (paissières in Occitan) and mill races (bézats in Occitan).
The mills served several purposes. The earliest records date from 1255. From as early as 1280, some were used both as grain mills (moulins bladiers) and cloth mills (moulins folons or drapiers). The cloth-making industry was flourishing in the Lauragais at that time. This industry began to decline in the 15th century due to the Hundred Years’ War and competition from Flemish cloth.
Metal-beating mills (martinet mills) gradually replaced fulling mills. Metalworking became the dominant industry. From the 17th century onwards, the martinet mills specialised in copper. This industry brought Durfort renown, primarily through the production of rough-formed cauldrons (or ‘black bowls’), which were then finished in the village’s many coppersmith’s workshops.
The devastating flood of the River Sor in 1910, followed by the First World War, marked the beginning of a decline in activity. There was a shortage of labour (and it took three years to train a coppersmith and ten years to train a hammer mill operator); a call for Italian labour was made in 1937, but this was interrupted by the Second World War. By 1943, only four copper hammer mills and a single flour mill remained. The last hammer mill closed its doors in 1993 when Giordano Ferrari, Europe’s last master hammer mill operator, retired.

What I particularly appreciate in the Montagne Noire is the transition from very wild and unspoilt sites (even though forestry activity is significant there) to picturesque historic sites, whether well-visited or more secluded. Our heritage is just as much a part of nature and must be protected and showcased. And I particularly appreciate, in historic sites, the civil architecture and its history, as is the case here.

It’s always these clear-cuts that I’ve written about before. Forestry is a necessity, but there are certainly other ways to manage and utilise forests effectively. Their widespread use poses real environmental challenges: destruction of biodiversity, soil degradation (erosion), often followed by uniform replanting (a single tree species) which will be slow and result in impoverished growth, disruption to the water cycle (increased run-off, reduced evapotranspiration, the release of carbon stored in biomass and a reduction in CO₂ sequestration, thereby impacting the climate) – all this for a harvest that is, admittedly, efficient and mechanised.

Translated with DeepL.com (free version)

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