Dernières pédalées – Christian Le Goff, Éditions Amathée

L’ouvrage -coup d’essai, coup de maître- réconcilie deux passions qui pouvaient, a priori, sembler éloignées. La première est celle du vélo pratiqué à la façon d’un compagnonnage de tous les instants – mais il faut dire mieux et parler d’un véritable art de vivre. La seconde est celle de la littérature, ici offerte en partage sous le signe double de la mémoire et de la grâce.
Mémoire des écrivains qui, comme Christian Le Goff, furent passionnément cyclistes. Alfred Jarry, surmâle guetté par les poisons verts, les serpents rouges de la précoce folie ; Victor Segalen dont la première œuvre littéraire est inspirée par une belle cyclerie autour de ce Finistère poignant où il reviendra aux derniers jours tracer un trait définitif en travers de sa vie ; René Fallet, brûlé dès l’enfance par le désir de la petite reine au nom si beau – nom de caresse et de poème ; Antoine Blondin communiant dans l’admiration virile des forçats de la route du Tour de France ; Louis Nucéra enfin, romancier solaire et clandestin, fauché en plein beau jour sous le soleil fixe et éclatant de l’arrière-pays niçois.
Grâce d’un style qui va son chemin délicat, tisse les inflexions savantes d’une langue souple et ondulée comme une bicyclette épouse de chaque route le grain particulier, de chaque paysage traversé le ruban gris.
Ces vies d’écrivains saisies au prisme du cyclisme se dévoilent dans la multiple splendeur de leurs savantes nuances. A chaque portrait son rythme propre, à chaque époque la couleur de ses songes, à chaque cyclerie, sa délicatesse, sa part lumineuse cependant bordée de la discrétion du mystère préservé, du secret. Cet émoi de plume a un nom – nom de pudeur et de grandeur mêlées, de talent et de modestie infiniment conjugués : c’est le charme.
Bernard Thévenet, la véridique histoire – Jean-Paul Ollivier, Glénat

Bernard Thévenet ! Il reste celui qui a déboulonné Eddy Merckx de la caste des intouchables. Coureur à panache, amoureux de » la belle ouvrage « , il a toujours cherché à rendre spectaculaire une course aux multiples rebondissements. Le public français, lassé par la domination outrageante du » Roi Eddy « , le » Cannibale « , implorait un successeur à la triple vengeresse. Ce fut Thévenet. Originaire de Saône-et-Loire, fils de modestes cultivateurs qui comptaient sur lui pour reprendre l’exploitation familiale, il choisit une autre voie. Le vélo était son compagnon de tous les jours. De là à en faire sa profession, il existait l’épaisseur d’un rêve. Il le réalisa, gravissant tous les échelons amateurs jusqu’au titre de champion de France qu’il parviendra également à conquérir chez les professionnels. Dès 1970, à l’âge de 22 ans, le voilà lancé dans la grande aventure du Tour de France pour pallier le désistement d’un de ses équipiers. Il apprend vite : dans les Pyrénées, il se permet d’attaquer Merckx en personne et de remporter l’étape. Une nouvelle génération montre le bout de l’oreille. Il attendra quatre années pour connaître la consécration dan le Tour de France où Merckx, une fois de plus, s’affiche en favori logique. Mais entre Nice et Pra-Loup, la France entière retient son souffle dans la montée finale. Extraordinaire retournement de situation : Merckx, seul en tête, se voit remonté par un Thévenet conquérant qui le cloue sur place et s’en va vers le sacre, confirmant sa grande classe le lendemain dans l’Izoard, décor sublime à sa juste mesure. L’année suivante, il connaît le fond du gouffre, souffrant d’un mal d’origine virale. On évoque son déclin, mais il ressuscite en 1977, inaccessible dans la lumière d’été, démontrant que l’homme a du caractère et qu’il peut avec une superbe assurance s’identifier pleinement à ses aînés légendaires.
